ebook du mois

Voisins dans le Quercy vers Montcuq Prayssac

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un roman interdit de prix Goncourt en 2013

VIII Voisins

Ils vécurent quatre jours ici, n’y passèrent que les nuits. Le mercredi soir, ils emménageaient ! Une pièce chauffée cuisine-salle-à-manger-salon-chambre, une dizaine de mètres carrés, dans l’espace qu’utilisait déjà l’ancien propriétaire en été, donc sans chauffage. Le mardi j’avais participé à la pose d’une fenêtre là où nous nous étions faufilés durant notre visite. C’est surtout Marcel qui l’avait installée. Niveau travaux, je n’ai guère progressé ! Ils nous invitèrent. Amina fut très aimable durant le retour « il t’aurait fallu six mois pour aménager une pièce comme ça. » Ma réponse, pour une fois, lui cloua le bec « avec l’argent de la drogue, tu vois, on en fait des choses, tu devrais t’y mettre. » Elle avait redouté une cohabitation plus longue, présence qui "l’obligeait" à revenir chaque soir de Prayssac.

Ce furent ensuite des relations de bon voisinage mais baiser Nadège devint une obsession. Baiser Nadège, juste la baiser. Qu’Amina soit cocue à son tour ! Car même si c’est « de l’histoire ancienne », d’avant que nous nous installions ensemble, c’était toujours là, au fond de la gorge, un dégoût. Peut-être que baiser Nadège, juste la baiser, me guérira...
Faire payer à Amina son passé. Faire payer à Kader de me rabaisser au rang de nègre ?
Baiser Nadège, malgré la rapide mise en garde de Kader :
- Si tu oses contester sa beauté, je t’éclate la cervelle ! Mais si tu la regardes un peu trop, je t’envoie une pelleté de béton sur la tronche. Je sais, elle se promène seins nus et en mini-jupe avec rien en dessous mais elle est persuadée, pour l’avoir lu dans un Houellebecq, qu’en Espagne toutes les femmes en font de même. Et comme ici, c’est un peu l’Espagne ! Mais le premier qui la drague, béton sur la tronche, avec même une surdose de chaux.
Mais j’étais bien placé pour savoir qu’un cocu ne s’en aperçoit jamais. Même quand la lecture attentive des mails aurait suffi à comprendre que les cauchemars exprimaient la réalité.

Du béton de sa belle bétonnière professionnelle. Il l’avait également rachetée à l’ancien propriétaire. J’ai préféré ne pas lui apprendre qu’il l’avait payée plus cher qu’une neuve. Et en liquide naturellement. J’étais là quand la transaction s’était conclue :
« - Au fait, tous ces travaux que j’ai fait, pour les continuer il va vous falloir une bonne bétonnière. N’achetez pas une de ces petites machines électriques de supermarchés, elles ne tiennent pas six semaines avec de vrais travaux. Si vous le voulez, je vous cède la mienne, 350 litres, vérin hydraulique, motorisation à l’essence, le top du top.
- Je dis jamais non à un cadeau.
- Céder, c’est à un prix cadeau, mais pas un cadeau quand même ! J’ai une petite retraite ! Je vous la laisse à 2000 euros, je comptais la mettre en vente sur les annonces gratuites du net, à 2500, elle serait partie en deux jours à ce prix-là. C’est du solide, de l’allemande, et jamais elle ne s’est retournée, même une fois une poutre s’est prise dedans, elle a continué à tourner, je vous déconseille d’essayer, car une poutre qui tourne dans une bétonnière, ça vous envole la tête comme si vous passiez sous leurs éoliennes. Mais entre amis, je vous la laisse à 2000, si ça vous intéresse.
- Céder, chez nous, c’est cadeau, on se cède une femme, une voiture.
- Ici, les voitures et les bétonnières on les achète et on les revend ou on les use. Quant aux femmes, elles nous usent le plus souvent et comme disait Jacques Brel… pas celles qu’on paye avant mais après ! Je suis un vieux célibataire endurci, un peu misanthrope, mais revenons à notre affaire : elle vous intéresse ?
- Ok, je vais vous chercher 2000 et vous me l’amenez tout de suite !
- Marché conclu ! Et comme pour la maison, nous avons notre témoin de bonne moralité ! »

Recette du voisin, Marcel, le vieux Marcel : un sac et demi de ciment, 45 pelles de mélange sable gravier, et deux pelles de chaux pour mieux lier l’ensemble. Quant à l’eau, tout dépend de ce que l’on veut !

« - J’adore faire du béton, je crois que je vais bétonner toute cette vallée !
- Souviens-toi que tu es béton et qu’un jour tu retourneras au béton !
- J’ai repensé à ce que tu m’as dit hier sur cet "amour béton" que tu croyais avoir trouvé en 2008 et qui n’était qu’un "amour gravillons." Ça fait réfléchir, ce genre de phrase. Nadège est prévenue que si elle me trompe je la tue. Il faudrait toujours dire ça aux femmes. Tu vois, si tu l’avais prévenue, ça l’aurait retenue.
- Loin du cœur et loin des yeux, l’Éthiopie est remplie de queues… Mais jamais je n’aurais imaginé qu’elle puisse me tromper ! Rien qu’une visite chez un gynécologue, elle avait l’impression de subir un outrage, même au lac de Montcuq elle ne montrait jamais son corps. Elle m’avait tellement convaincu que plus personne d’autre que moi ne la toucherait que je ne croyais même pas aux cauchemars qui me la représentaient avec d’autres mecs.
- En tout cas, Nadège et moi, c’est un amour béton ! »

Extrait : Le roman de la révolution numérique, de Stéphane Ternoise

le livre de la révolution numérique
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Vos avis

- le 07 aout 2013 à 12 : 07
par JMarc : J'aime bien l'expression "c’est un amour béton" que vous utilisez dans votre roman de la révolution numérique



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